# Hors des sentiers battus

*Carnet · Conseils voyageurs, par Manon Estibal. Mis à jour : août 2026.*

## En bref
- Les coins confidentiels du Costa Rica valent souvent mieux que les incontournables saturés : Osa, Corcovado, Bahía Drake, Caraïbe sud vers Manzanillo.
- Voyager plus lentement, doubler ses étapes et manger dans les sodas change complètement le rapport au pays et au portefeuille.
- San Gerardo de Dota et ses quetzals, la vallée d'Orosi, Turrialba et le Pacuare, les plages perdues de Nicoya sortent des circuits classiques.
- Ces lieux restent beaux parce qu'ils sont peu fréquentés : on y va discrètement, on respecte la faune et on laisse l'argent au village.

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Il y a un matin de novembre où j'ai raté mon bus pour un des grands parcs, et où j'ai fini par traîner dans un village dont je n'avais jamais entendu le nom. Une soda ouverte, une dame qui remuait ses haricots, deux chiens couchés sous le comptoir. J'y suis restée trois heures. C'est là, franchement, que le Costa Rica m'a le plus parlé, plus que sur aucune des photos que j'étais venue cocher.

Je ne vais pas cracher sur Arenal, Monteverde ou Manuel Antonio. J'y suis allée, j'ai aimé, j'y retournerai peut-être. Mais à force de suivre la même ligne que tout le monde, on finit par voir un pays à travers une file d'attente. Alors voici les endroits qui m'ont marquée en marge, et ma façon de ralentir pour les atteindre.

## Ralentir, c'est déjà changer de pays

La première fois, j'avais tout calé au cordeau. Un parc le matin, une plage l'après-midi, une nuit ici, une nuit là. Résultat, j'ai passé mon voyage sur la route, à regarder défiler des choses que je n'ai pas eu le temps d'habiter. La deuxième fois, j'ai coupé mon itinéraire en deux et j'ai doublé chaque étape. Ça a tout changé.

Rester plus longtemps au même endroit, ça vous fait entrer dans un rythme. Vous reconnaissez le monsieur du fruit, vous savez à quelle heure la marée descend, vous finissez par manger là où mangent les ticos, ces Costaricains qui vous adoptent vite si vous ne débarquez pas en conquérant. La soda, cette petite gargote de quartier, devient votre cantine. On vous sert un casado, l'assiette du jour avec riz, haricots et un bout de viande ou de poisson, et vous payez trois fois moins cher qu'au resto à touristes d'à côté. Le prix bouge selon les endroits, comptez large, mais l'écart est réel.

Voyager lentement, ça veut aussi dire accepter de ne pas tout voir. J'ai laissé tomber des étapes entières pour rester deux jours de plus dans un patelin qui me plaisait. Je n'ai aucun regret. On rentre avec moins de cases cochées et beaucoup plus de visages.

Il y a un vrai calcul là-dedans, pas juste une posture. Chaque trajet en voiture au Costa Rica prend le double du temps qu'affiche la carte. Les routes serpentent, la pluie s'invite, un troupeau traverse. Si vous voulez tout faire, vous passez vos journées au volant et vous ratez le pays qui est justement entre les points. Moi j'ai appris à choisir trois ou quatre bases et à rayonner autour à pied ou en bus. On dort mieux, on mange mieux, on rencontre plus.

## La péninsule d'Osa, là où la forêt reprend ses droits

Si je devais garder un seul coin sauvage, ce serait celui-là. La péninsule d'Osa, tout au sud sur le Pacifique, c'est le Costa Rica d'avant les parkings goudronnés. On y accède mal, exprès presque, et c'est ce qui la protège. J'y suis arrivée par une piste défoncée, secouée dans un 4x4 collectif, la boue jusqu'aux chevilles à la descente. Et puis d'un coup, le silence épais de la vraie forêt, coupé par les hurlements des singes hurleurs à l'aube.

Le parc national du Corcovado occupe le cœur de la péninsule. On m'avait prévenue que c'était physique, humide, exigeant. C'est vrai. J'ai transpiré comme jamais, j'ai eu les pieds trempés toute la journée, et j'ai vu en une matinée plus de vie qu'en une semaine ailleurs. Tapirs, aras qui traversent le ciel par deux, une famille de coatis qui fouillait le sol. On entre avec un guide obligatoire, ce n'est pas une contrainte, c'est ce qui rend la marche vivante.

De l'autre côté, Bahía Drake se mérite aussi. On y va souvent en bateau, les pieds dans l'eau au départ de Sierpe, à travers la mangrove. Le village est minuscule, l'électricité capricieuse, le wifi une rumeur. Le soir, j'écoutais la pluie tomber sur le toit en tôle et je me disais que je n'avais besoin de rien d'autre. C'est un endroit fragile, on y va sur la pointe des pieds, on ne laisse rien derrière soi.

## La Caraïbe sud, le contretemps du pays

La côte caraïbe, c'est un autre Costa Rica. Musique afro, cuisine au lait de coco, un espagnol qui roule avec des mots créoles et anglais. Beaucoup filent directement vers le Pacifique et passent à côté. Moi j'y traîne à chaque voyage. Puerto Viejo a sa réputation de spot festif, et c'est vrai qu'on y fait la fête, mais il suffit de rouler un peu vers le sud pour tout changer d'ambiance.

Vers Manzanillo, la route se termine presque. Les plages deviennent des criques bordées de cocotiers, l'eau passe au turquoise sur le sable clair. Le refuge de Gandoca-Manzanillo protège cette pointe, et on peut marcher dans la forêt côtière en croisant des paresseux accrochés au-dessus du sentier. J'ai loué un vélo pourri à un gars du coin, j'ai pédalé jusqu'au bout du bitume, et j'ai passé l'après-midi seule sur une plage sans nom avec un pain au coco acheté au bord de la route. Ce genre de journée ne coûte presque rien et ne s'oublie pas.

## San Gerardo de Dota, le froid et les quetzals

On n'imagine pas le Costa Rica comme ça. En montant vers le Cerro de la Muerte, l'air se rafraîchit, la végétation change, on croise des pommiers et des truites d'élevage. San Gerardo de Dota se cache dans une vallée d'altitude, verte et humide, à des années-lumière de l'ambiance plage. J'y suis montée pull sur le dos, ce qui m'a fait rire après des jours en maillot.

C'est le royaume du quetzal, cet oiseau à la longue traîne verte que les guides d'oiseaux traquent au lever du jour. J'ai attendu, immobile, dans le froid du matin, à côté d'un monsieur qui scrutait les avocatiers sauvages depuis quarante ans. Quand le mâle s'est posé, sa queue pendait comme un ruban. Le vieux monsieur souriait sans un mot. Je ne suis pas ornithologue pour deux sous, mais ce silence partagé valait le déplacement.

> Je suis venue pour cocher des volcans. Je suis repartie avec des silences, une assiette de haricots et le nom de gens que je n'oublierai pas.

## Turrialba, Orosi, Cartago, le Costa Rica des ticos

À l'est de la capitale, une région entière échappe au circuit classique. Turrialba vit à l'ombre de son volcan et au bord du Río Pacuare, une des plus belles rivières de rafting du pays. Je ne suis pas une casse-cou, mais j'ai passé une journée sur ces rapides, entre deux murs de forêt, avec des cascades qui tombaient directement dans l'eau. On dort parfois en lodge au bord de la rivière, coupé du reste du monde.

Plus au sud, la vallée d'Orosi déroule ses plantations de café sur des collines douces. Il y a une vieille église coloniale, des sources chaudes tranquilles, des points de vue où personne ne se bouscule. Et Cartago, l'ancienne capitale, avec sa basilique où les pèlerins ticos viennent en août. J'y suis passée un dimanche, au milieu des familles, et j'ai eu l'impression d'assister à quelque chose de vrai plutôt qu'à un spectacle monté pour moi. Cette région ne cherche pas à plaire aux voyageurs, elle vit sa vie, et c'est exactement pour ça qu'elle vaut le détour.

Ce qui m'a frappée dans ce coin, c'est le silence des routes. On roule entre les caféiers, on s'arrête boire un café justement, servi noir et fort par une famille qui le cultive à cent mètres. Personne ne vous vend rien de force. Un après-midi, je me suis assise sur un banc devant l'église d'Orosi avec une glace, à regarder les gamins jouer au foot sur la place. Aucune activité prévue, aucune photo à faire. C'était parfait comme ça.

### Au lieu de la foule, essayez plutôt

J'ai fini par me faire une petite grille dans la tête, à force. Voici comment je remplace les étapes surchargées par des cousines plus calmes. Rien d'absolu, juste ce qui a marché pour moi.

| Au lieu de (très fréquenté) | Essayez plutôt | Ce qu'on y gagne |
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| Manuel Antonio | Corcovado & Osa | Faune plus dense, presque personne, forêt intacte |
| Tamarindo | Plages perdues de Nicoya (San Juanillo, Ostional) | Sable vide, villages de pêcheurs, prix doux |
| Monteverde | San Gerardo de Dota | Fraîcheur, quetzals, sentiers sans file |
| Sources chaudes d'Arenal | Sources d'Orosi | Calme, tarif local, ambiance familiale |
| Jacó et sa fête | Puerto Viejo et Manzanillo | Culture caraïbe, criques désertes au sud |

## Les plages oubliées de Nicoya et le vert de Sarapiquí

La péninsule de Nicoya a ses stars, mais elle cache surtout des kilomètres de plages où l'on ne croise que des chiens et des pêcheurs. Autour d'Ostional, de San Juanillo, la route se réduit à une piste et le paysage se vide. Un soir, à Ostional, j'ai vu des tortues remonter pondre dans la nuit, encadrée par un habitant du village qui gère ça avec la communauté. On reste loin, lampe rouge, voix basse. C'est le contraire d'un spectacle, et c'est bouleversant.

Tout au nord, la région de San Carlos et Sarapiquí est le grand oublié. Des plaines vertes, des rivières où l'on descend en bouée, des fermes qui vous ouvrent leur table. C'est là aussi qu'on peut pousser vers le Río Celeste et son eau bleu laiteux, moins pris d'assaut si vous arrivez tôt. J'ai logé dans une finca familiale près de Sarapiquí, réveillée par les toucans, et j'ai aidé à ramasser des ananas un matin juste pour le plaisir de mettre les mains dedans.

## Comment sortir des sentiers sans se planter

Louer une voiture aide énormément, surtout un 4x4 pour les pistes de saison humide. Les bus locaux desservent presque tout, mais lentement, et c'est parfois ça le charme. J'ai eu mes meilleurs échanges coincée entre un panier de mangues et une grand-mère qui voulait à tout prix me faire goûter son en-cas. Prenez la conversation, quelques mots d'espagnol suffisent à ouvrir des portes. Un simple buenas lancé en entrant dans une soda vaut tous les guides du monde, et neuf fois sur dix ça finit par un conseil qu'aucune carte ne vous donnera.

Un mot sur les saisons, parce que ça compte quand on quitte le bitume. La saison humide rend certaines pistes d'Osa ou de Nicoya carrément infranchissables, et les rivières montent vite. J'ai adoré y aller à la fin des pluies, quand tout est vert et lavé, mais il faut se renseigner localement avant de s'engager sur une route. Un habitant vous dira toujours mieux qu'une appli si le gué est passable ce jour-là.

Ces endroits restent beaux parce qu'ils sont peu foulés. Alors on fait attention. On ne touche pas les animaux, on ne les nourrit pas, on ramène ses déchets, on dort chez l'habitant plutôt qu'en gros complexe quand c'est possible. L'argent laissé dans une soda ou une finca reste dans le village. C'est peut-être ça, au fond, la vraie idée de la pura vida, cette philosophie tico du peu qui suffit.

Si vous voulez sentir à quoi ressemble un voyage cousu de détours plutôt que d'étapes obligées, allez lire ce récit de voyage, il raconte mieux que moi ce qui se joue quand on lâche prise. Le Costa Rica ne manque pas de listes à cocher. Il manque juste de gens qui acceptent de s'arrêter. Moi, mon plus beau souvenir tient dans une assiette de haricots et un chien endormi sous un comptoir. Le reste, je l'ai un peu oublié.
